Hausse du nombre de signalements d’exploitation sexuelle des mineur·e·s - Child Focus et Payoke renforcent leur collaboration

Hausse du nombre de signalements d’exploitation sexuelle des mineur·e·s - Child Focus et Payoke renforcent leur collaboration

févr. 25 2026

Child Focus et Payoke* unissent leurs forces avec la signature d’un protocole de collaboration visant à mieux détecter, accompagner et protéger les mineur·e·s victimes d’exploitation sexuelle. Cette coopération place les besoins des jeunes victimes au centre en permettant une orientation plus efficace et une meilleure coordination entre les deux services. Concrètement, les deux organisations s’accordent sur des points de contact fixes, une coordination rapide pour les dossiers urgents et une redirection réorientation adaptée, afin que les victimes mineures reçoivent le plus rapidement possible l’aide adéquate et qu’elles ne doivent pas raconter leur histoire plusieurs fois.

En 2025, Child Focus a ouvert 151 nouveaux dossiers liés à l’exploitation sexuelle des mineurs à des fins de prostitution, soit une hausse de 60% par rapport à 2024. 60% de ces victimes avaient moins de 16 ans. De son côté, Payoke a reçu l’an dernier 155 signalements de potentielles victimes de traite des êtres humains, y compris d’exploitation sexuelle. Il s’agit du nombre le plus élevé jamais atteint par l’organisation, et il inclut aussi des signalements concernant des victimes potentielles de traite des êtres humains âgées d’à peine 12 ans.

Bien que les chiffres de Child Focus et de Payoke touchent différents types de signalements et de publics cibles, ils souhaitent ensemble attirer l’attention sur l’augmentation significative de la complexité et de la visibilité de l’exploitation sexuelle et de la traite de mineur·e·s en Belgique.

Deux organisations avec des expertises complémentaires

L’exploitation sexuelle des mineur·e·s dans la prostitution désigne toute situation où un·e mineur·e est amené·e à réaliser un acte de nature sexuelle en échange d’une contrepartie, de quelque nature qu’elle soit (argent, cadeaux, logement, ...). Dans ces cas-là, nous parlons toujours d’exploitation sexuelle, car la loi considère qu’un·e mineur·e ne peut jamais consentir à un acte sexuel en échange d’une contrepartie et certainement pas sous la contrainte. En ce qui concerne les mineur·e·s, la protection est donc toujours centrale : certains faits sont punissables même lorsqu’il est question d’une contrepartie. Selon les faits concrets, cette forme d’exploitation sexuelle peut aussi être considérée comme une forme de traite des êtres humains, lorsque l’auteur accomplit certains actes ayant pour but d’exploiter la victime et d’en tirer avantage.

Child Focus et Payoke travaillent sur base d’expertises complémentaires. Child Focus offre un soutien psychosocial aux proches des victimes d’exploitation sexuelle, aide à repérer les signaux et veille à la circulation fluide des informations pertinentes entre les différents services d’aide, la police et la justice. L’organisation essaie également de s’assurer que les victimes mêmes bénéficient d’un suivi psychosocial adéquat. En cas d’indices de traite, l’organisation réoriente vers Payoke, qui est l’un des trois centres reconnus par le gouvernement belge pour l’accompagnement des victimes de la traite des êtres humains.

Renforcement de la coopération

Aujourd’hui, Child Focus et Payoke renforcent leur collaboration par un protocole. Les deux organisations veulent de cette manière garantir que chaque mineur·e· identifié.e comme victime ou potentielle victime ait effectivement et sans délai accès à un accueil et à un accompagnement cohérents, rapides et spécialisés.

 « Ensemble avec Payoke, nous souhaitons tirer la sonnette d’alarme. Nous voulons, en effet, développer une approche commune, coordonnée et ambitieuse, qui mobilise l’ensemble des secteurs concernés par ce phénomène atroce : Aide à la jeunesse, Justice, Santé, Police, Éducation, secteur associatif, ... Cette approche s’impose de toute urgence. L’exploitation sexuelle des mineur·e·s est un phénomène qui dépasse les frontières institutionnelles et nécessite donc des réponses multisectorielles, stables et durables. C’est une urgence, car le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur et de devenir plus violent », Nel Broothaerts, Directrice Générale de Child Focus.

Un système saturé face à des situations alarmantes

L’exploitation sexuelle des mineur·e·s prend aujourd’hui des formes extrêmement variées et complexes, où les jeunes mineur·e·s exploité·e·s dans la prostitution, sont eux-mêmes et elles-mêmes parfois poussé·e·s à recruter d’autres jeunes. Les modes de recrutement et de contrôle deviennent plus violents et plus coercitifs, mêlant contrainte, humiliation, pression psychologique et instauration d’une dépendance à des substances (alcool, drogues, …). Le rôle des réseaux sociaux n’est pas à sous-estimer dans cette problématique. En effet, d’une part, ils permettent aux auteurs de recruter des victimes en ligne et d’autre part, ils permettent d’excercer une pression sur les victimes déjà recrutées via la sextorsion (l’extorsion sexuelle).

Les jeunes victimes présentent des parcours particulièrement complexes. Elles souffrent de traumatismes, subissent des violences répétées, des ruptures relationnelles avec leur entourage ou les institutions, consomment des substances et sont souvent sous une emprise psychologique très forte. Nombre d’entre elles ont un passé institutionnel (placements, foyers, ...), ce qui constitue un facteur supplémentaire de vulnérabilité. Dans un système d’aide déjà fragmenté, ces problématiques multiples rendent la prise en charge et l’accompagnement extrêmement compliqué. Les services de première ligne comme les structures spécialisées, fortement sursollicités, peinent à assurer une réponse cohérente et continue. Cet élément, combiné à un manque de coordination, fait que certain·e·s jeunes ne sont pas suffisamment protégé·e·s.

C’est précisément l’objectif du protocole Child Focus et Payoke : améliorer la coordination, fluidifier l’orientation et garantir des réponses plus rapides, plus stables et plus protectrices pour les mineur·e·s victimes.

« Payoke utilise son expertise spécialisée là où il est le plus urgent d’agir, c’est-à-dire auprès du jeune et dans son environnement direct, comme un groupe de vie ou une structure d’accueil. Grâce à notre coordination rapide avec Child Focus et notre soutien ciblé aux équipes, nous pouvons protéger les victimes plus rapidement et rendre l’accompagnement plus stable. Cela apporte une différence concrète sur le terrain, mais tant que la cellule spécialisée de travail auprès des jeunes de Payoke doit fonctionner avec des moyens limités, cette protection reste fragile », Inge Saris, Directrice de Payoke.

* Payoke est une organisation qui se charge notamment de l’accompagnement des victimes de traite et d’exploitation sexuelle dans la prostitution https://www.payoke.be/en/

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