mars
18
2026
Child Focus tire la sonnette d’alarme : la disparition des règles européennes menace de paralyser la détection des images d’abus sexuel d’enfants circulant en ligne
Bruxelles, le 18 mars 2026
Child Focus tire la sonnette d’alarme : aucun accord ne semble en vue pour prolonger les règles européennes temporaires qui permettent aux plateformes en ligne de détecter, signaler et retirer volontairement du matériel d’abus sexuels sur enfants (CSAM). Si ces règles expirent le 3 avril 2026, un vide juridique surgira et la détection cessera immédiatement. Conséquence : moins de signalements, des enquêtes bloquées et moins d’enfants sortis de situations d’abus.
Ce cadre temporaire a été instauré en 2021 après que le renforcement de la législation sur la vie privée (RGPD et ePrivacy) ait rendu juridiquement impossible la détection proactive de contenus d’abus sexuels de mineurs circulant en ligne. Les signalements avaient alors chuté de 58 %, et des dizaines de milliers de victimes avaient soudain disparu des radars des services de police et d’aide. Pour remédier à cette situation, l’Europe a adopté l’Interim Derogation, autorisant à nouveau des plateformes comme WhatsApp, Instagram, Discord et TikTok à utiliser des technologies de détection, dans l’attente d’un cadre permanent mieux connu sous le nom de CSA.
Mais les négociations sont aujourd’hui paralysées par la polarisation politique, alors que les règlementations temporaires arrivent à échéance sans accord en perspective. Cela signifie : moins de signalements, moins d’enquêtes policières, moins d’identification de victimes.
Les enquêtes policières belges s’arrêtent et les enfants replongent dans l’ombre
Les conséquences seraient particulièrement lourdes pour la Belgique. La police dépend en grande partie des signalements fournis par les plateformes. Sans ceux-ci, aucune enquête ne démarre, les suspects ne sont plus inquiétés et les victimes restent piégées dans des situations d’abus. Sur le plan sociétal, l’enjeu est tout aussi majeur : nous souhaitons tous que les grandes entreprises technologiques assument leurs responsabilités, mais la disparition de ce cadre ferait reposer ce fardeau presque entièrement sur les citoyens. Par ailleurs, des années d’investissements dans les technologies de protection seraient perdues.
La vie privée et la protection de l’enfance ne doivent plus être opposées
Child Focus regrette que la vie privée et la protection de l’enfance soient constamment présentées comme deux intérêts contradictoires. Ce sont au contraire deux droits fondamentaux qui doivent être protégés ensemble. La polarisation actuelle conduit à l’immobilisme, alors que les enfants vulnérables ont plus que jamais besoin d’une protection efficace. Child Focus appelle les institutions européennes à assumer leurs responsabilités, à sortir des tranchées et à poursuivre activement la recherche de solutions qui renforcent à la fois la vie privée et la protection de l’enfance. Des modèles technologiques et juridiques existent, mais ils exigent du courage politique.
Nel Broothaerts, CEO de Child Focus : ‘Si l’Europe ne décide pas maintenant, les enfants seront privés dès le mois d’avril d’une protection en ligne essentielle. Il ne faut pas laisser expirer ce cadre temporaire, car chaque signalement manqué est un enfant que l’on laisse plus longtemps en danger. Les appels à encadrer plus strictement les réseaux sociaux et à renforcer la sécurité des enfants se multiplient, mais dans le même temps l’un des rares cadres qui les protège réellement est menacé. C’est une situation intenable.’
Trois mesures urgentes demandées par Child Focus
Child Focus demande la prolongation immédiate du cadre temporaire, afin d’éviter tout vide dans la protection des enfants, l’amélioration de la qualité des signalements, avec suffisamment de contexte pour que les services de police puissent agir efficacement et le maintien d’une détection large, couvrant non seulement les contenus déjà connus mais aussi le nouveau matériel et les situations de grooming. Ce processus en ligne par lequel un adulte aborde intentionnellement des mineurs et les manipule à des fins sexuelles.
Sans prolongation avant le 3 avril 2026, la protection active des enfants en ligne s’arrête. Pas de détection, pas de signalements ; pas de signalements, pas d’enquête ; pas d’enquête, une voie libre pour les auteurs et des enfants qui restent pris au piège de situations d’abus. Child Focus appelle les décideurs européens à assumer leurs responsabilités afin d’éviter que les enfants victimes d’abus sexuels en ligne ne deviennent à nouveau invisibles pour les services d’aide et d’enquête.P
Contact presse : Stephanie Leyn, Coordinator Creativity Child Focus stephanie.leyn@childfocus.org , +32 478 37 04 98.