Rapport annuel 2025 – Nombre record de victimes d’exploitation sexuelle en ligne

Rapport annuel 2025 – Nombre record de victimes d’exploitation sexuelle en ligne

mai 18 2026

Child Focus présente son rapport annuel 2025. Une année marquée par une explosion du nombre de victimes d’exploitation sexuelle en ligne. L’exploitation sexuelle des jeunes en ligne continue de s’intensifier et de se diversifier et l’arrivée de l’intelligence artificielle y est pour quelque chose. Le nombre de victimes de sexting sans consentement, grooming et sextorsion a doublé en trois ans de temps (de 401 en 2023 à 837 en 2025). La plupart des situations impliquent aujourd’hui l’usage d’images, de photos ou de vidéos servant à humilier, extorquer de l’argent à un mineur ou en abuser.  Ce doublement en l’espace de trois ans n’est pas le fruit du hasard, il reflète la rapidité avec laquelle les phénomènes évoluent et souligne l’importance d’un cadre législatif solide pour protéger tous les enfants en ligne.

Les avancées numériques offrent aux enfants et aux jeunes d’énormes opportunités de créer du lien, de s’informer, de se détendre ; mais elles recèlent également des risques. Les besoins relationnels de nos jeunes sont, en effet, parfois exploités par des personnes mal intentionnées. Le nombre de victimes d’exploitation sexuelle en ligne que Child Focus a soutenues a doublé en trois ans. L’organisation a ainsi ouvert 296 nouveaux dossiers de sexting sans consentement, 433 de sextorsion et 108 de grooming.

« Nous vivons dans une époque complexe. Child Focus est confrontée quotidiennement à des enfants et à des jeunes en difficulté qui cherchent à s’orienter dans un environnement qui offre autant d’opportunités que de risques. Comment peuvent-ils trouver leur voie dans un monde offrant à la fois tant de possibilités que de risques et de difficultés ? L’urgence d’améliorer la protection en ligne de nos enfants s’intensifie encore davantage. Une tâche à laquelle Child Focus s’attelle au quotidien. Car au-delà de l’impact individuel sur les victimes, nous voulons aussi avoir un impact collectif sur tous les enfants : grâce à une prévention ciblée destinée à les renforcer, et en plaidant pour des cadres législatifs qui les protègent. » Nel Broothaerts, Directrice Générale de Child Focus

Child Focus plaide en faveur d'une application stricte du « Digital Services Act (DSA) », la loi européenne sur les services numériques qui impose des règles claires aux grandes entreprises de technologie, et pour l’élaboration d’un cadre législatif permanent, le règlement « Child Sexual Abuse (CSA) » qui  doit intensifier la lutte contre les images d’abus sexuels sur des enfants. Les plateformes en ligne doivent prendre leurs responsabilités pour protéger les enfants. Le DSA vise à créer un environnement numérique sûr pour les enfants et les jeunes, y compris sur les réseaux sociaux. La loi confère cette responsabilité aux grandes plateformes en ligne, telles que Meta (Facebook et Instagram), TikTok et Google, et oblige les plateformes en ligne à adapter leurs contenus à l’âge des utilisateurs. Le règlement CSA, qui fait encore actuellement l’objet de négociations, est une législation ciblée qui se concentre spécifiquement sur la lutte contre les abus sexuels en ligne sur les enfants. Nous avons besoin d'une législation efficace garantissant qu’on ne puisse pas partager des images d’abus en toute impunité et que l’on soit effectivement poursuivi si on le fait.

Record absolu du nombre de victimes de grooming

Le grooming désigne le processus par lequel un adulte entre délibérément en contact avec un mineur dans un but sexuel : une conversation à connotation sexuelle, un échange d’images explicites ou une prise de rendez-vous réel en vue de commettre un abus sexuel. Que l’auteur parvienne ou non à ses fins ne fait pas de différence : le grooming demeure un acte grave et punissable par la loi. En 2025, Child Focus a soutenu pas moins de 108 nouvelles victimes de grooming, soit une augmentation de 151% par rapport à 2024. L’âge moyen des victimes était de 13 ans.

Explosion du nombre de garçons victimes de sextorsion

La sextorsion, contraction du terme anglais sexual extortion ou extorsion sexuelle a connu en 2025 une croissance exponentielle : 433 nouvelles victimes en ont fait les frais, soit une augmentation de 143% par rapport à 2024. Il existe deux formes de sextorsion : la sextorsion de contenu qui consiste à faire pression sur la victime pour obtenir davantage de photos intimes, et la sextorsion financière qui vise à extorquer de l’argent aux victimes. 92 % des victimes de sextorsion financière étaient des garçons dont l’âge moyen était de seulement 15 ans. En raison de l’énorme hausse de signalements des cas de ce type de sextorsion, les garçons constituent désormais, pour la première fois, le groupe le plus important de victimes d’exploitation sexuelle en ligne accompagnées par Child Focus en 2025.

De plus en plus de victimes d’images intimes à l’aide de l’intelligence artificielle (IA)

Une situation de sexting sans consentement survient lorsque des images intimes sont diffusées sans le consentement de la personne qui y apparaît, ou lorsqu’une personne envoie des images indésirables sans en avoir reçu l’autorisation. En 2025, Child Focus a reçu 296 nouveaux signalements, soit une augmentation de 30% par rapport à 2024. Les victimes de sexting sans consentement avaient en moyenne 14 ans et étaient des filles dans 74% des cas. Les deepnudes sont quant à elles des images ou des vidéos intimes manipulées par l’intelligence artificielle (IA), elles peuvent être partiellement ou complètement falsifiées. Outre le fait que ce soit punissable, ces images peuvent affecter autant la victime que des images réelles.

D’autres thématiques abordées dans le rapport annuel 2025

Images d’abus sexuel d’enfants

Les images d’abus sexuel d’enfants* font hélas désormais partie de la réalité en ligne. D’année en année, nous constatons une augmentation inquiétante de leur nombre. Pour combattre ce fléau, Child Focus dispose de deux outils : notre point de contact civil en ligne www.imagesdabus.be et Arachnid, un outil de détection axé sur les victimes. En 2025, via le formulaire accessible sur : imagesdabus.be, les citoyens ont envoyé à Child Focus 1.742 signalements d'images suspectes d'abus sexuels sur enfants en ligne. Quant à l’outil Arachnid, il a permis à notre équipe d’analystes de traiter et faire supprimer pas moins de 731.436 images d’abus sexuel d’enfants.   

Jeunes qui fuguent

Fuguer est rarement un caprice. Pour beaucoup d’enfants, la fugue est un appel au secours, une manière d’échapper à des situations dans lesquelles ils se sentent bloqués et ne voient plus de solution. En 2025, Child Focus a reçu 2.147 nouveaux signalements concernant des jeunes mineurs ayant fugué, soit une augmentation de 19 % par rapport à 2024. Derrière ce chiffre se cache une nuance importante, puisqu’il s’agissait de 1.514 enfants. L’augmentation du nombre de signalements en 2025 ne signifie donc pas que plus d’enfants sont dans le tourment, mais bien que des enfants vulnérables fuguent à plusieurs reprises,  car les circonstances qui les ont poussés à s’enfuir n’ont pas changé.   

Les filles vivant dans des institutions, où le lien avec l’exploitation sexuelle dans la prostitution n’est jamais loin, présentent trois fois plus de risques de fuguer à plusieurs reprises.

Victimes d’exploitation sexuelle dans la prostitution

L’exploitation sexuelle de mineurs dans la prostitution désigne toute situation où un jeune de moins de 18 ans est contraint d’accomplir un acte sexuel en échange d’une contrepartie (argent, cadeau, hébergement, drogue, etc.). En 2025, Child Focus a enregistré 151 signalements d’exploitation sexuelle de mineurs dans la prostitution, soit une augmentation de 60 % par rapport à 2024. Dans 61 % des cas, les victimes avaient moins de 16 ans ; trois d’entre elles n’avaient même pas encore atteint 13 ans.

Dans 58 % des cas, la victime résidait en institution, et pour 88 % de ces dossiers, un lien entre la fugue et la situation d’exploitation sexuelle a été établi. Les jeunes qui fuguent de chez eux ou de leur institution sont particulièrement vulnérables. Ils risquent de devenir des proies pour des individus malveillants comme des proxénètes qui leur promettent la sécurité, un logement ou encore de quoi se nourrir. C’est ainsi qu’ils se retrouvent victimes d’exploitation sexuelle. Une fois pris au piège, ils restent sous l’influence de ces personnes qui profitent de leur vulnérabilité, ils subissent des violences sexuelles répétées et fuguent à nouveau pour répondre aux exigences de leurs exploitants. 

Disparitions de mineurs non accompagnés

Les mineurs non accompagnés sont des enfants qui fuient leur pays d’origine sans être accompagnés par un parent ou un représentant légal. Ils sont particulièrement vulnérables à divers types de violences et d’exploitation. En 2025, Child Focus a enregistré 359 situations de disparition de mineurs non accompagnés. Il s’agissait au total de 274 enfants, dont 42 ont quitté leur milieu d’accueil plusieurs fois pour y revenir ensuite. La majorité des jeunes signalés à Child Focus provenait du Maroc mais aussi d’Algérie, d’Ethiopie et d’Erythrée.

Disparitions dans le contexte familial

Child Focus définit la disparition dans le contexte familial comme toute situation dans laquelle un enfant est emmené par un parent, que celui-ci entretienne avec lui un lien biologique, légal ou encore de fait. En 2025, Child Focus a reçu 249 nouveaux signalements de disparition dans un contexte familial, dont 112 cas concernaient des enlèvements internationaux d’enfants et 89 signalements étaient quant à eux préventifs, ils émanaient de membres de la famille craignant la disparition future d’un enfant. Pas moins de 81 % de ces disparitions revêtent un caractère international. Le plus souvent, les enfants sont emmenés à l’étranger depuis la Belgique, mais dans plus d’un cas sur cinq, c’est l’inverse qui se produit.

Enlèvements en dehors du contexte familial

Child Focus définit un enlèvement en dehors du contexte familial comme tout enlèvement et toute tentative d’enlèvement d’un mineur par une personne qui n’a aucun lien familial ou juridique avec ce mineur. Cela inclut l’enlèvement, le déplacement ou l’accompagnement d’un enfant ayant pour but de prendre le contrôle complet de l’enfant — peu importe si cela se passe par la contrainte physique, la ruse ou la séduction. En 2025, Child Focus n’a ouvert aucun de dossier d’enlèvement effectif en dehors du contexte familial mais a néanmoins apporté son soutien à 3 reprises à la suite d’une tentative présumée d’enlèvement. Dans les trois situations, le mineur avait moins de 13 ans et ce sont les parents qui ont pris contact avec Child Focus.

Disparitions non définies et autres disparitions

Si, lors de l’ouverture d’un dossier de disparition, il n’y a pas assez d’informations sur la nature de la disparition, Child Focus définit la disparition comme non définie. Ces situations sont initialement inquiétantes, car nous ne savons pas si la disparition du jeune résulte d’une intention malveillante, d’un accident, d’une fugue, d’un égarement… En 2025, Child Focus a reçu 69 signalements de ce type. La grosse majorité de ces situations (63) concernait la disparition inquiétante de jeunes adultes (malentendus, départs volontaires, accidents, intentions suicidaire). En effet, Child Focus est également compétente pour les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans lorsque leur disparition présente un caractère inquiétant.

Derrière chaque signalement se cache un enfant ou un jeune et ses proches en situation de détresse. Ces chiffres ne sont que la pointe de l’iceberg, car de nombreux jeunes victimes n’osent pas parler de leurs expériences. Child Focus met tout en œuvre pour être accessible jour et nuit pour tout le monde. L’organisation est sensible aux nouveaux phénomènes et souhaite également prévenir la disparition et l’exploitation des mineurs. La prévention occupe une place de plus de plus en plus importante au sein de l’organisation. Child Focus développe des outils et des formations sur mesure à destination des enfants, des jeunes, des parents et des professionnels. En 2025, l’organisation a ainsi donné 216 formations à des parents et 88 à des professionnels.

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Découvrez notre rapport annuel complet ici 

Contact presse chez Child Focus : Selyna Ayuso Ferrandiz – Public Relations Manager – 0473/81.17.82 –  selyna.ayusoferrandiz@childfocus.org